C’est déjà pas mal, ça laisse rêveur… Ajoutons à cela une station déserte en semaine, des conditions de poudreuses dignes des plus beaux films de ski canadien en godille dans les sapins au Japon et là… Là, vous prenez une montée d’hormones mâles à vous en faire péter le thermomètre. C’est parti pour trois jours de folie, à mi-chemin entre mes fantasmes et la réalité, le sexe et la glisse et réciproquement.
Jour Un : on se renifle
Les filles sont arrivées fidèles à leur habitude, avec les bras chargés de saucisses, gemüse, knüddel, schnaps et autres spécialités germaniques à base de cochon. « Yah, wunderbach vielen dank ! » En fait je parle couramment allemand. C’est cool pour moi : je mets les pieds sous la table en les regardant s’afférer à déposer ça et là, des petits sacs, comme des petites fourmis ouvrières qui stockent de la nourriture pour passer l’hiver. Au jeu de la fourmi, Aline arrive largement en tête avec 11 sacs au compteur, et derrière Kata seulement 7 sacs… Mais nettement plus gros cela dit ! Kata a déjà investi la cuisine et me prépare une sorte de raviolis frits, fameuse recette de sa région d’origine, au bord du Lac de Constance. Je connais Kata et Aline depuis trois ans et c’est vraiment un plaisir à chaque fois partagé de se retrouver et de rider ensemble. L’été en surf, elles débarquent en meute sur la côte aquitaine. L’hiver, elles ont posé leur camp de base à Innsbruck pour profiter des paradis de l’Arlberg. Aline m’explique que Betzie n’arrivera que le lendemain. J’essaye d’en savoir un peu plus sur Betzie, que je ne connais pas encore et, avec toute la légèreté du monde, je lance : « et Betzie, elle n’est pas trop fifille ? »
Attention garçon ! Tu es en minorité, et tu dois te plier aux us et coutumes de la féminité germanique, un peu de tact, de l’élégance, bon sang de bois ! Je lâche donc un pet sonore, et tente un retour gagnant avec montée au filet : « Monsieur et madame Nechidoise ont une fille ? » Silence… « Betzie ! Parce que Betzie Nechidoise ! » Pout, Pout, Pout…. Les trompettes du bide raisonnent au loin, Aline ponctue tout ça d’un gros rot bien sur le beat, tandis que Kata entame la Cantate en La Mineur de Nichtstop Nitroptiski, avec son fabuleux accent allemand, teinté de celui du Sud de la France. Dehors il finit de neiger les derniers des 80 cm de fraîche, le schnaps coule à flot et les ravioles sont délicieuses. On est bien ! On finit la soirée par une partie de “123 soleil“ endiablée, et l’on va se coucher après s’être bien brossé les dents. Le bacon et les œufs trônent déjà sur la table, prêts pour demain matin, c’est ça l’organisation germanique.
Jour Deux : je les défends de mon corps
La Cantate en La Mineur me sort d’un sommeil profond, ça sent le café bien fort. « YAh ! Yah depout le garçon ! » Une journée bien rythmée commence dans l’odeur de cochon grillé, d’œuf et de café. Il faut à peu près deux jours pour s’adapter à ce régime, mais une fois lancé, on peut s’attaquer à des montagnes. Ça tombe bien, s’attaquer à des montagnes, c’est un peu pour ça qu’elles sont venues.
« Mais on est où exactement ? » me demande Kata qui regarde le plan de la station. « Ici nous sommes à La Mongie, d’où le téléphérique nous emmène au Pic du Midi, et de là, on redescend sur Barèges. Tout ceci donne le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises que l’on appelle le Domaine du Tourmalet. » Je conclus mon petit exposé par une large révérence, tout sourire, très fier de proposer à leur appétit de poudre, la crème de la crème, le luxe, l’excès. « Nous attaquerons donc les hors-pistes sous l’angle de la prudence, vu les quantités qui sont tombées (je continue de faire le coq, j’adore ça !), mais je vous garantis quand même quelques beaux couloirs du côté de la Mongie. »
Nous voilà donc parti en direction d’un grand couloir orienté sud, sécurisé par déclenchement préalable des pisteurs. Le long des cailloux, on se gorge de bons gros virages en surplombant les runs futurs de l’autre côté, dans les faces nord. La neige est bel et bien au rendez-vous, profonde et légère, déposée avec une extrême douceur sur le relief de manière à en combler chaque recoin. Aline commence à rallonger ses courbes au fur et à mesure qu’elle prend confiance, Kata de son côté produit un ski régulier, puissant, efficace. Arrivé en bas de cette première descente, ce ne sont plus deux jeunes Allemandes blondes et timides que je côtoie, mais deux punks hystériques qui poussent des cris à peine humains. Apparemment, elles kiffent… On déchire tout ce qu’on trouve au soleil avant que la neige ne réchauffe, se réservant les faces à l’ombre pour le lendemain. Personne pour faire les traces, des possibilités infinies de runs, et juste nous !
Pour cette première journée de ride avec les filles, j’ai décidé de la jouer discret dans la station, car je sais qu’avec mes petites Allemandes, je vais déclencher une émeute. Déjà, j’ai remarqué quelques pisteurs qui nous suivaient l’air de rien, à bonne distance, sûrement attiré par le doux parfum des filles. Quelques touristes espagnols ont aussi essayé de les draguer au pied du télésiège, mais je me suis aussitôt interposé avec mon torse musclé de surfeur : « Holla, segnor ! No tocar ! Las chicas son como mio ! » (vous aurez noté que je parle également couramment l’espagnol). Je les ai alors serrées toutes les deux très fort contre moi et les ai poussées sans ménagement sur le siège suivant pour échapper aux griffes de ces pirates ! Vraiment, il va falloir être plus discret. Je profite de la petite pause intime sur le télésiège pour impressionner mes invitées sur mon niveau en espagnol. « Las montagnas de los picos del midito es oun grandé sitos para los scientificos que gustas las estrellas a mirar ». Allez, je me lâche, spécial dédicace pour vous les filles : « die berge das pic der midi ist eine grosse sitz darum die scintifiken studieren gern das etoilen. Porque regardieren schön !!!!! » Alors, là je les ai calmées ! C’est qui l’Boss ?
Arrivé en haut du télésiège, j’ordonne au conducteur de nous ralentir le siège pour que ces demoiselles puissent se lever en douceur. Galanterie, courtoisie, élégance, je leur donne le meilleur de moi-même.
« Alors les filles vous en voulez encore ?
- Oh oui encore ! Vas -y Johnny ! Emmène-nous ! Fais nous rêver !
- OK, c’est parti, en route ! suivez-moi, nous allons faire la coulée de las Molieras ! »
Évidemment, la coulée de las Molieras n’existe pas, vous ne croyez tout de même pas que je vais refiler mes meilleurs spots à des Allemandes ?! On sait comment ça finit tout ça, on leur montre un bon coin, elles en parlent entre elles et six mois plus tard, c’est l’invasion ! Je les emmène donc sur des endroits un peu pourris, des hors-pistes hyper connus, rien de folichon donc, mais elles kiffent la bonne neige légère, ça leur rappelle l’Autriche… On s’en met jusque-là. Mes jambes commencent à chauffer alors que mes miss en veulent toujours plus. On finit par faire quelques photos à la fermeture des pistes, sur de belles lèvres, histoire de justifier notre journée de travail… J’ai froid aux mains, c’est dur la vie. Ce soir, on va chercher Betzie à la gare de Tarbes, il faut que je pense à me coiffer.
Betzie a le regard d’un petit chat intimidé et le sourire vague. On se fait la bise chastement, alors qu’entre filles, c’est la farandole, les cris suraigus et les gros poutous de partout. Ça se met à parler allemand à deux mille à l’heure, je pourrais vous traduire, mais c’est sans grand intérêt : blah blah yah blah blah wunderbach yah, discussion de filles… Je reste un peu à l’écart durant la soirée, en me demandant comment je vais bien pouvoir faire pour être discret le lendemain avec ces “tres guapas chicas“ (trois charmantes jeunes filles). La vie est dure.
Jour Trois : on se rapproche…
« Yah ! Yah ! Depout le garçon ! Le café est servi ! Yah des œufs, du bacon, des oignons, de la purée, du fromage, du pâté de foie ! » Ces douces paroles matinales ne plaisent guère à mon estomac, je me retourne sous ma couette cinq minutes, le temps de reprendre mes esprits. Je sens déjà le soleil qui pointe ses rayons chauds, ça va être une journée parfaite. Aujourd’hui direction le Pic du Midi et ses longues pentes bien raides. La benne est comme souvent bien vide. Les filles profitent tranquillement de la vue panoramique sans se faire draguer. La position du Pic, à l’écart de la chaîne, surplombant la vallée bigourdane, en fait un lieu à part, presque mystique. 2877 mètres au sommet et des runs descendants jusqu’à 900 mètres au cœur de l’hiver, ça ouvre quelques possibilités. La chance ultime aujourd’hui, c’est qu’il a neigé sans vent, les conditions sont vraiment idéales.
Nous trouvons donc de la poudreuse dès le départ, chose plutôt rare, sur cette montagne au milieu du ciel, exposée à tous les vents. Nous entamons la face sud, gavade, gavage, je suis complètement gaga ! Comment peut-on raconter une journée comme ça ? Vous vous souvenez votre meilleur souvenir en snowboard ? Et bien là, c’est pareil ! Virage après virage, on se laisse porter jusqu’aux pistes de Barèges. Les filles sont chaud bouillantes, elles l’aiment ce bon gros pic, elles en redemandent même !
« On y retourne ?
- Oh oui, encore, une autre ! une autre ! »
Toute discrétion est désormais impossible. Les filles n’arrêtent pas de chanter : « Johnny, c’est notre dieu vivant, le roi du Pic, le roi des océans ! », rythmant leurs chants par de petits cris aigus, tout en se trémoussant avec la grâce de danseuses tahitiennes. Bon, je respire un grand coup : belle journée, belles filles, c’est décidé : aujourd’hui, je m’la pète ! « Oh les filles, on va faire un jeu : moi je pars à fond devant, et vous, vous essayez me rattrapez en criant : « Johnnyyyyyyy, I want you ! I love you ! Ok ? » Elles sont OK. Et nous voilà parti sur les pistes, les trois furies lâchées à mes trousses s’époumonant de toutes leurs forces. « Johnnyyyyyyy, I love youuuuuu ! » On passe devant la cabane des pisteurs, le restaurant d’altitude, l’école de ski (yes ! quel pied !), pour débouler en trombe au pied de la station. Là, Kata, Betzie et Aline me portent en triomphe devant l’office du tourisme pour m’emporter au départ de la benne suivante.
Nos corps en contact se sont désormais réchauffés et une vraie complicité nous lie maintenant. Dans un don d’amour ultime, je décide en secret de ne pas en favoriser une plus que l’autre, tant elles sont complémentaires… Je les aimerai toutes les trois avec la même passion. Et puis elles m’aiment toutes les trois, alors pourquoi briser un cœur ? À nouveau dans la benne, je les prends sous mon aile protectrice, pour leur indiquer le prochain run. « Ce run appelé “sous les câbles“ passe devinez où ? - Sous les câbles !! » Apparemment, personne n’a encore mis sa trace dans cette face, ça rajoute une pression supplémentaire. Arrivé au départ, je sens la palpitation caractéristique des grosses lignes qui font peur. Aline et Betzie engagent droit dedans en grandes courbes avec une décontraction déconcertante, Kata reste plus prudente, vigilante sur ce terrain qu’elle ne connaît pas. On passe un verrou bien raide entre les cailloux pour voir à nouveau la pente s’ouvrir devant nous. Petite démo de style pour les snowboardeuses qui carvent comme jamais, Kata réplique par une grosse droite. Reste plus que moi en haut, sous l’œil attentif de mes groupies en contrebas… C’est le moment où jamais de payer ma démo… Je pars droit sur un rocher et lance mon fameux triple backflip triple nosebone, replaqué parfaitement sur la tête et je rebondis comme un “mounaque“ sur trente mètres (poupée grandeur nature, faite de vieux vêtements rembourrés, comme des épouvantails d’autrefois, ndlr). Même pas mal, je me relève vite en levant les bras en signe de victoire et sort du nuage de poudre pour rejoindre mes protégées. On se jette dans les bras, l’un de l’autre, on s’embrasse, on se congratule…. Une vraie communion sacrée, comme si je faisais maintenant partie du groupe des filles.
Jour Quatre : on s’embrasse sans peur des microbes
Pour cette dernière journée, cher lecteur, je te propose une fin à choix multiples, en fonction de ta catégorie humanoïde :
Soit tu es de gauche, et dans ce cas tu fais partie du groupe A
Soit tu es de droite, et dans ce cas tu fais partie du groupe B.
Tu fais partie du groupe A :
Tu as cru tout ce que je t’ai raconté jusque- là car tu es très naïf, voire idéaliste avec une pointe de romantisme. Tu touches le RMI, donc ton coefficient intellectuel est limite passable. Tu as eu raison de me croire, ta naïveté sera récompensée par une fin à la James Bond.
Je me réveille sur un radeau de survie au large de la côte Basque, les filles allongées contre moi, entremêlées de bouteilles de champagne. Je ne me rappelle plus très bien comment je suis arrivé là, ma tête tourne. Je la lève tout de même pour voir par-dessus le boudin gonflable et j’aperçois mon yacht à quelques mètres. Sauvés !! Les souvenirs de cette folle soirée me reviennent petit à petit mais impossible de rappeler le comment du pourquoi du radeau. Je me souviens juste cette promesse que l’on s’était faite autour d’une coupe de champagne : « on va vivre ensemble à Tahiti ». Je regarde alors affectueusement mes trois princesses.
En route…..
Tu fais partie du groupe B :
Tu es sceptique, grincheux, militariste, patriote mais tu as tout de suite compris que j’étais un gros mytho impuissant, car tu es quelqu’un de très intelligent, vu que tu es PDG. Pour vous monsieur le PDG, voici une fin qui satisfera votre soif de supériorité sur l’homoglissus. Je me lève avec une diarrhée monumentale, sûrement due au litre de schnaps, que je me suis enfilé la veille. Je suis seul, le silence est inquiétant. 14 heures à ma montre, Oh M….e ! J’ai oublié de ramener les filles à la gare. Sur la table une feuille blanche, c’est un mot des filles. « Cher Johnny, merci pour la balade au Pic du Midi et alentours. Nous n’avons pas voulu te réveiller, car tu sentais trop de la bouche. On aurait préféré que tu sois un peu moins lourd, moins collant, et surtout meilleur en snowboard… On n’a pas aimé hier soir que tu nous touches les fesses toute la soirée. Ni non plus les photos que tu as faites, elles sont pourries. T’es qu’un gros con. Adios amigos »
Texte et photos : Nicolas “Nikopel“ Marchionini

- "3 Filles en goguettes sous le Pic du Midi, les pisteurs et autres locaux ne nous ont pas encore repérés, mais ça ne va pas durer…"












