Marié et plus récemment père d’une petite fille, Mr. Pollard définit tout à fait le skieur américain "organique", chérissant sa côte ouest, sa maison en bois au milieu des douglas d’Oregon, son vélo et ses planches de surf. Le voilà l’heureux skieur professionnel qui attend sereinement la neige, en prenant bien soin de laisser le monde fulgurant à distance . Cela donnerait envie d’écouter un morceau de Jack Johnson et de savourer un smoothie en sa compagnie, sur une terrasse embrasée par le soleil fuyant derrière le Pacifique. Et pourtant, Eric ne s’est jamais contenté de cette merveilleuse tranquillité. Fondateur de Nimbus, il a cherché de nouveaux angles et de nouvelles manières d’approcher le ski à travers cette production d’image. Avec l’aide de ses co-directeurs (Andy Mahre, Chris Benchetler, Pep Fujas, Erin Valverde-Pollard, Ike Smith et Justin Wiegand), il n’a cessé de tracer une nouvelle voie dans les films de ski. Il fait bouger en toute simplicité les lignes, le cadre, et tente de nous transmettre une vision fraîche et harmonieuse de la glisse. Créateur des premiers épisodes web avec Nimbus, concepteur et graphiste des skis Opus et Sir Francis Bacon chez Line, dessinateur et designer pour Dragon et K2, l’authentique Pollard est avant tout un mec qui donne envie de mettre le réveil à 5 heures pour aller glaner des pentes salvatrices, amoureux et la fleur au fusil.
Salut Eric. Enfant de l’Oregon, racontes-nous un peu ton enfance, comment c’était ?
E.P. : J’ai grandi dans une petite ville qui se trouve à environ 45 minutes de Portland. C’est une région très forestière avec des rivières, des lacs et la montagne. Il fallait donc s’adapter à la nature. Mes deux parents étaient et sont skieurs, comme l’est également ma grande sœur Laura. On était une famille de skieurs tout ce qu’il y a de classique : école et boulot pendant la semaine et ski le week-end. À 14 ans, j’ai décidé de me consacrer au freeride.
Et où skies-tu habituellement ?
E.P. : La plupart du temps à Mt Hood en Oregon. C’est un volcan, donc le relief est surtout composé de canyons créés par d’anciennes coulées de lave. Avec des chutes de neige abondantes et du vent, c’est très sympa à skier car c’est gavé de transitions naturelles. Je vais aussi dans les états voisins du Washington, de Californie et du Montana, ou encore jusqu’en Alaska. Mais le temps de route n’est pas le même…
Comment en es-tu venu au freestyle-backcountry ?
E.P. : J’ai commencé le freeski comme beaucoup, en ridant avec des potes. Mes meilleurs amis Casey et Ike faisaient aussi de l’alpin, mais comme on passait notre temps à vouloir skier comme des snowboarders, on était rarement sur les stades de slaloms. J’avais la chance d’avoir une bonne bande de potes snowboarders et on essayait toujours d’imiter leurs figures : 180, 540, style compact etc… On regardait des films de snow dès qu’on rentrait de l’école : Standard Films, Absinthe Films et beaucoup de films MDP. Je les connais presque tous par coeur. Je ne regardais jamais de ski. Je ne savais pas du tout ce qui se passait de ce côté-là. Je ne m’intéressais pas du tout aux bosses. Pour moi, ce style tout en gymnastique et cette approche générale des bosses était vraiment lointaine de l’approche du snowboard à laquelle nous adhérions.
Étant un adepte du backcountry, est-ce que tu ne voudrais pas t’essayer à des compétitions type Cold Rush ?
E.P. : Non, je ne veux pas faire de compétition. Je ne souhaite skier que si les conditions sont bonnes et pas pour un contest. Les gens veulent toujours un vainqueur et, pour moi, le ski que je pratique ne peut être jugé.
Pour l’image, quels sont les prochains projets de Nimbus ?
E.P. : Nous continuons à réaliser trois épisodes par saison. En parallèle des épisodes web, nous travaillons sur un film artistique. Une fois terminé, sans doute d’ici un ou deux ans, il sortira en DVD. Et pour vous donner un indice, ce projet concerne moins la progression technique du ski que la beauté de ce sport à travers le monde.
D’autres projets de graphismes, de shape en cours ?
E.P. : Les graphismes, je bosse dessus en continue, mais question shape, j’ai du mal à retoucher l’Opus et le Bacon.
Et concernant ton art en dehors des commandes, tu as quand même le temps de t’y consacrer ?
E.P. : Oui, et c’est là, en dessinant ou en peignant que je crée les plus belles choses car je poursuis une vision ou une idée. Quand vous avez une date butoir ou un shape spécifique à respecter (comme la forme d’un ski) et que l’art doit s’y intégrer, vous êtes contraint par des règles spécifiques. Je n’ai pas énormément de temps pour peindre sans contraintes, mais quand je le peux, c’est vraiment agréable. L’année dernière, j’ai peint une des toiles dont j’étais le plus satisfait. Je l’ai ensuite donné au profit d’une vente de charité.

ski
>
>
Eric Pollard : Skieur d’avant-garde, artiste inspiré
Eric Pollard : Skieur d’avant-garde, artiste inspiré
Précurseur du shape moderne, graphiste illuminé, skieur exalté, voici une éclaircie sur l’un des filons les plus créatif du free ski, au sens littéral.
Propos requis par Antoine Grospiron Jaccoux / photos : Christian Pondella ; Alex OBrien






