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Douceur Sri Lankaise

Ce mois-ci, Surftime vous emmène au Sri Lanka. À une époque où l’on tente de renier « les acquis de mai 68 », l’occasion était trop belle de changer d’horizon pour partir sur les pas des surfeurs baba, au pays du tsunami, du curry et des Tigres Tamouls. Pas de rider pro ni de prize money donc à l’affiche. Trip ambiance détendue au programme, avec Stéphane Robin, notre trippeur maison et Eric Beringer, fils spirituel Dog Town, qui sont partis voir à la pointe sud de Ceylan à quoi ressemblait le surf dans ce coin de l’Océan Indien.
Photo ci-contre : Eric Beringer en route vers l’inconnu dans la brume matinale, au sud de Ceylan.
Texte et photos : Stéphane Robin



Pas toujours facile de trouver une destination tropicale qui fonctionne bien à l’automne. C’est souvent un coup de poker. À ce jeu-là, l’Océan Indien réserve souvent quelques bonnes surprises. Situé au sud est de l’Inde, le Sri Lanka est l’exemple type de la destination surf “entre deux“. Pas trop radical pour effrayer madame, mais suffisamment consistent pour plaire à monsieur. Légèrement caché, le pays fut pendant longtemps une halte de choix entre l’Inde et le reste de l’Asie. Aujourd’hui, grâce au revival des planches rétros, longboard et autres évolutives, on apprécie plus que jamais ses longs point breaks d’une relative tranquillité. Les Tigres Tamoul font péter des bombes au nord du pays, mais comme les spots de surf sont tous au sud, les surfeurs n’ont finalement pas grand-chose à craindre…

Sur la route de Gama Land

Pour une fois, on n’était pas parti complètement à l’arrache. On avait une adresse, un contact sur place et même un type pour venir nous chercher à l’aéroport. Un vrai plus, sachant que j’avais décidé d’emmener un Stand Up Paddle dans nos bagages. Forcément, une fois arrivé à Colombo, le type qui devait nous récupérer n’était pas au rendez-vous. Comme quoi, on a beau de prévoir, un trip reste égal à lui-même : aléatoire. Il aura donc fallu une bonne heure avant que l’on charge les bagages dans la camionnette de Jay, le gérant de notre guest house. En route vers Midigama, la traversée de Colombo nous rappelle qu’au Sri Lanka les mots pollution ou respect de l’environnement ne signifient pas grand-chose. À l’image des grosses villes Indiennes, ici, pas de jaloux, tout ce qui roule fume à mort. Pris dans des embouteillages monstrueux, on est au bord de l’asphyxie. Il nous reste 200 Km à parcourir. Sur la carte ça n’avait l’air de rien. En réalité, ça allait être long, très long. Et pourtant nous roulions sur la nouvelle route côtière. Celle qui avait été refaite après le passage du terrible tsunami. Qu’est-ce que ça devait être auparavant ?

Subodenee guest house

Au Sri Lanka, l’hébergement du surfer, c’est souvent une “guest house“, comprenez une pension familiale qui loue des chambres et qui s’occupe des repas. On m’avait prévenu : « la guest house Subodenee en face du spot à Midigama, c’est super bruyant. Elle est située près d’une la voie ferrée, et la nuit, tu as l’impression que le train va rentrer dans ta chambre tellement les murs tremblent ». Effectivement, la voie ferrée qui longe la côte passe à moins de 10 mètres du bâtiment… La locomotive ne fonctionne plus avec du charbon, faut pas déconner quand même, mais ça ne l’empêche pas de faire un bruit d’enfer. Certains arrivent à s’y habituer, moi pas.
Après une nuit passée côté mer, j’ai préféré une chambre sans vue, mais où j’allais pouvoir dormir un peu. Les premiers matins, on était levé à 5h30. On ne voyait pas grand-chose, mais on pouvait entendre le bruit des vagues. Dès que le soleil avait dissipé la brume, on pouvait alors voir la houle qui rentrait dans la baie. Entre un et deux mètres, selon les séries. Plutôt pas mal pour un pays où l’on craint toujours un peu le flat. On ne s’est pas fait prier pour rider nos premières vagues. On était régulièrement rejoint par cinq ou six autres surfeurs étrangers. L’un d’eux portait un t-shirt avec Capoeira from Harlem écrit en grand dans le dos. Le type, blond, genre hollandais n’était pas très bavard, mais il revenait systématiquement se placer à l’intérieur après chaque vague. Un peu mesquin quand on est cinq à l’eau… À part ça, la gauche qui cassait dans la baie devant la guest house était un peu molle, et sa qualité variait pas mal avec la marée. Seul Yannick Poirier, un Français émigré au Sri Lanka depuis des années, semblait connaître le bon moment. Le swell avait quand même un peu de taille et l’on était plutôt content de notre sort. L’eau était plus chaude que jamais, 28° ou 29°, et l’on n’avait qu’à traverser la route pour se mettre à l’eau.
Il y a pire ! Une fois acclimaté à notre nouvel environnement, on a voulu explorer un peu les alentours. On n’a pas eu besoin d‘aller très loin. Il y avait quatre ou cinq spots valables sur moins de dix kilomètres de côte. Le plus consistent était situé à dix minutes de “tuc-tuc“ plus au nord. Bienvenue à Kabalana, un reef break qui casse en face d’un hôtel assez classe, sans doute une des meilleures vagues du coin. Un peu plus sensible au vent que Midigama elle offre des droites et des gauches avec un take off rapide et une bonne épaule. Dans le même registre, on a testé la droite de Rams, Une des vagues préférée des locaux avec Kabalana. Une vague tubulaire, courte et intense, à ne pas sous-estimer, vu la faible couche d’eau sur le reef.
On nous avait aussi parlé d’un spot dans la baie Mirissa, un peu plus au Sud de la ville de Weligama. Lorsqu’on est arrivé, la mer était sans doute un peu haute et le swell manquait de taille. Une petite droite longeait péniblement les rochers au bord de la colline voisine qui protégeait le spot du vent dominant. Trois ou quatre locaux essayaient de s’amuser quand même, sous le regard de quelques touristes attablés sous les arbres situés devant les nombreux hôtels de la plage. Le cadre était sensiblement plus paradisiaque que celui de notre guest house, sans la route, le train et les camions. Le prix des hôtels situés sur la colline était aussi relativement plus élevé, mais le décor était magnifique. Mis à part quelques bâtiments encore détruits, les signes du passage du tsunami n’étaient plus trop visibles. Pour ce qui est du surf, à chaque fois qu’on est revenu à Mirissa la vague était soit trop petite, soit trop molle. De la plage, on voyait le sommet d’un temple qui dessinait une large masse blanche au-dessus des palmiers. Comme on n’avait rien de mieux à faire, on a demandé à notre conducteur de “tuc-tuc“ de nous y amener. Pas toujours simple de se faire comprendre, même en anglais. Enfin on avait cru qu’il nous avait compris. Mais un mec qui fait non de la tête tout en disant « Yes, Yes, temple temple », ça aurait du nous alerter… Collé à la banquette de notre œuf à roulette, le “tuc-tuc“ est parti à fond la caisse… pour la ville de Matara, où il y avait un temple immense. Ce n’était pas du tout celui qu’on lui avait montré du doigt en haut de la colline. Heureusement on a réussit à lui faire faire demi-tour à temps et l’on a finalement pu visiter le temple de Bandaramulla au retour.

L’esprit du Buddha

Quelques jours plus tard, on a fait le voyage jusqu’à un autre temple célèbre, en voiture cette fois. À l’entrée, on a été accueillis par un guide, assis sur le rebord de sa 104 Peugeot blanche. « Vingt-cinq ans que je roule avec ça, tout est d’origine, je n’ai changé que le moteur, pour consommer moins. À part ça, rien à dire, elle est comme neuve ! ». On n’allait pas le contredire. C’est pieds nus que nous sommes rentrés dans les couloirs sombres et frais du temple Bouddhiste. On s’est promené le long des fresques murales représentant les 505 réincarnations avant le nirvana. Les moines eux vaquaient à leurs occupations dans les bâtiments adjacents. Le guide insistait longuement sur le fait que la pierre avait été creusée à la main, que c’était là depuis des centaines d’années. Du solide tout ça. Une fois dehors, on s’est retrouvé au pied du Buddha géant. La statue de 39 m de haut était entourée d’une sorte d’échafaudage en béton et recouverte de fresques. Pas franchement esthétique. Je suis reparti de là un peu frustré d’avoir tout vu et rien vu à la fois. Sauf peut être un flottement dans le regard d’un moine. Une sorte d’absence. Une attente éternelle, à une époque où l’on ne croit plus à rien…

Late session

On est rentré à Midigama juste avant la nuit, le vent était tombé et la gauche déferlait dans la baie, sans personne à l’eau. Je me suis précipité pour profiter des dernières minutes de jour. La mer avait des reflets pourpres. Au loin, je voyais les lumières des bateaux de pêche qui commençaient à scintiller. Les séries se faisaient de plus en plus rares, mais j’ai quand même réussi à attraper quelques perles de l’Océan Indien. En surfant, je sentais l’air qui me refroidissait avec la vitesse. En fin de vague, je retombais dans l’eau qui me paraissait encore plus chaude. Un groupe de moines qui attendaient le bus me regarda sortir de l’eau avec étonnement. Sur la plage, les jeunes Cingalais terminaient leur partie de volley Ball. Un sport collectif pour eux, et le surf, sport individuel s’il en est pour moi, une métaphore d’un modèle société de plus en plus individualiste ou l’autre fait souvent figure de décor.


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Quand les pêcheurs commencent à sortir en mer, il est temps de prendre une dernière vague avant la nuit.
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Eric profite du glassy tropical quasiment seul a Ram’s un matin de novembre. Blindé le Sri Lanka ?

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39 m de haut quand même, tout d’un coup on se sent tout petit !
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Un local explosif sur la gauche de Ram’s

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Midigama, longue vague à cutback avec les blocs devant au take off just pour le fun
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Les moines se demandent un peu ce qui se passe lorsqu’ils me voient sortir de l’eau avec mon stand up paddle.

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C’était sans doute la première fois qu’ils voyaient un stand up paddle à Midigama.



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Crédits photos : Fabrice Wittner (Snowboard) - Fischer (Ski) - Jason Childs 2007 (Surf) - Columbia (Outdoor)

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