Suivre son instinct et les signes du destin
" J’ai été invitée par la marque The North Face à participer aux "North Face Masters" qui se déroulaient dans la station d’Alyeska, pas loin d’Anchorage. Le matin de la compétition, tous les signes étaient présents pour me faire renoncer à prendre le départ. En effet, dès mon réveil, je me suis sentie angoissée sans raison apparente. En regardant par la fenêtre, je vis que le temps était chargé de brouillard. Je me suis alors dis que la compétition serait sûrement reportée. Je suis allée m’informer à ce sujet et les organisateurs m’ont affirmés que l’événement aurait bien lieu. À cause du live de la télévision, il était impossible de le repousser. J’ai pris mon petit déjeuner avec Jonas Emery, lui faisant part de ma démotivation. Il me suggéra d’en faire part aux organisateurs qui n’ont rien voulu entendre et me rappelèrent qu’ils ne m’avaient pas invité là pour passer des vacances. Après avoir bataillé avec eux, j’ai abdiqué et me suis résignée à faire ce run.
J’étais une des premières à devoir m’élancer sur cette face. La luminosité était bien blanche et des nappes de brouillard arrivaient régulièrement. Je me sentais très énervée, ce qui n’est pas dans mes habitudes. En vingt années de ride, je n’ai jamais ressenti un feeling aussi négatif avant de m’engager sur un run. J’ai mis ma board et suis partie sur cette face qui débute par un 50 degrés de pente et s’adoucie pour finir à 40 degrés. Après quelques virages, j’ai heurté une pierre cachée dans la poudreuse. C’est alors que je suis partie dans une chute incontrôlable sur 500 mètres, passant une barre la tête la première. Après une inconscience qui dura tout le long de la chute, je repris connaissance comme si je sortais d’une noyade. En ouvrant les yeux, je vis les secouristes s’alarmer et compris que la situation était grave. Les organisateurs n’avaient pas prévu d’hélicoptère et l’ambulance n’était pas prête. Les secouristes m’ont descendu en barquette avec un dos cassé. J’avais une hémorragie interne. Ça a bien failli être mes dernières heures. Heureusement, mes amis (Julien Lopez, Mélo & Jonas) m’ont maintenu en vie par leur présence et leur humour. C’est surtout dans des moments pareils qu’il ne faut surtout pas dramatiser, sinon, c’est foutu. Bilan de la chute : 14 fractures au bras droit, orbite oculaire droit en miette, vertèbre L2 brisée, disque vertébral mort, foie éclaté (j’ai perdu 4 litres de sang), pneumothorax et pleins d’hématomes sur le corps.
Mais où sont les Gentils Organisateurs ?
Me trouvant dans une situation d’urgence, j’ai subi deux interventions chirurgicales en Alaska. Heureusement que mes amis étaient présents car sinon, je me serai retrouvée toute seule. Je dis ça car aucune personne de l’organisation de cet événement n’est venue s’inquiéter de mon état. Les mêmes personnes qui m’ont poussées à faire ce run ne se sont jamais manifestées à l’hôpital, elles étaient trop occupées à organiser la suite de la compétition et faire la fête. Elles n’ont également pas contacté mes assurances. Quand j’ai pu le faire, les délais étaient dépassés. Je n’ai donc pas eu droit à un rapatriement sanitaire et la note d’hôpital de 150 000 dollars US me fut réclamée. Je suis rentrée en France un mois après, en fauteuil roulant, avec un corset et une attelle au bras. Mon meilleur ami, Will, est venu à mon secours et m’a assisté pour ce long voyage. Merci Will ! Mais le cauchemar continu… Arrivée en France, Will m’a conduit directement au CHU de Grenoble car mon dos me faisait terriblement souffrir. Les chirurgiens m’ont fait passer plusieurs examens avant de m’annoncer que j’étais au bord de la paralysie. Encore une fois, je me suis retrouvée dans une situation d’urgence. J’ai subi deux interventions très douloureuses de la colonne vertébrale qui m’ont évité la chaise roulante à vie. Merci les chirurgiens, j’ai évité le pire !
Mon combat
Après ces interventions, mon état fut hors de danger. J’ai passé quatre mois de plus en hôpital afin de réapprendre à marcher, à rééduquer mon bras, à manger à nouveau. Tout ça, toujours sans nouvelles des organisateurs ! J’ai surmonté des étapes incroyablement difficiles et je les ai réussi grâce à ma rage de vaincre. Ma famille et mes amis m’ont redonné le goût de la vie et je me suis fixée des objectifs. Malgré le fait que ma vie ai pris une tournure de cauchemar et que la souffrance m’ai submergé, j’ai cru en moi et en mon futur. L’automne qui suivit, j’ai été atteinte de dépression post-traumatique. Elle a duré trois mois. Je ne souhaite à personne de vivre ça ! Je m’en suis encore sortie grâce à mon objectif : aller mieux. Dans ce genre de situation, je me suis vraiment rendu compte que c’est à nous de décider d’aller mieux. Certes, il faut trouver la force et l’envie, et ce sont le positivisme et les projets qui nous mènent à bien.
Ma renaissance
À la fin de l’automne 2008, l’organisateur du Freeride World Tour, Nicolas Hale Wood, m’a proposé d’être juge sur les étapes de 2009. Je n’étais même pas certaine de pouvoir rider à nouveau, mais l’idée d’être parmi mes amis sur le Tour m’a motivé. Je me suis donc donné les moyens au niveau de ma rééducation pour y être. Mission accomplie ! J’ai également travaillé dans un magasin de Méribel pour m’occuper et m’aider à retrouver des repères sociaux. Je savais que si je restais sans rien faire, ça ne m’aiderait pas à aller mieux. Je n’étais pas sûre de moi au début, mais après quelques semaines, je volais de mes propres ailes. Ça m’a vraiment aidé à retrouver de l’assurance dans ma mobilité et dans ma tête.
Aujourd’hui, je continu ma rééducation. Mes os sont consolidés et je vais bientôt me faire enlever le matériel chirurgical. Je me suis battue avec les assurances et j’ai réussi à faire payer les 150 000 dollars US d’hôpital en Alaska. Je vais pouvoir refaire du snowboard et je suis trop contente !
La morale de l’histoire
Si un jour tu ne le sens pas, écoutes-toi ! Nous ne sommes pas des marionnettes. Aucune pression médiatique ou sponsor ne doit orienter tes décisions. Ça n’en vaut vraiment pas la peine ! Il faut toujours voir le bon côté des choses, même dans les pires moments. Il faut voir loin et toujours avoir des objectifs."
Remerciements :
À ma Mère, Will, Julien Lopez, Mélo, Famille Crews d’Alyeska, Jonas, Caro Senges, Céline Bernard, mon frère & Delf, Chris & Manu, Guittet Family, Céline Bordon, Ane Enderud, Nad, Yvan & Siam, Marie-Charlotte, Daweed, Gaël, Laëtitia, Seb et Lolo, Sabine ma Kiné et tous ceux que j’aime et qui m’ont soutenu !
berengeremoroc.blogspot.com

- En Russie l’hiver dernier sur le télésiège de Krasnaya Polyana, avant la première descente. Big smile !

- "Dans l’avion, direction la France et shootée à la morphine. Yeah baby ! À Seattle, j’ai cru avoir une hallucination quand j’ai vu passer devant moi Nico Droz et H8. En fait non, ce n’était pas une hallucination, nous nous sommes retrouvés dans le même avion jusqu’à Genève."











