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BIG GURU, LE RETOUR !

Grand artisan de la glisse depuis le début des années 90, Alain Sevellec a toujours fait dans l’événementiel. Dix ans après Gliss’Expo, il revient en force en organisant l’étape française du Championnat du Monde de stand up paddle. Toujours à l’affût des nouvelles tendances, il prend à nouveau le risque d’avoir une longueur d’avance. Portrait.



Souvent décrié par un milieu qui lui doit énormément, beaucoup lui envient son charisme. C’est vrai qu’avec ses tattoos, ses bagues et son physique de catcheur, il ne passe pas inaperçu. Une personnalité inimitable forgée au gré des rencontres. De l’Afrique noire au Pays Basque en passant par la Chine ou la Russie, le mec a vu du pays. « Je chausse du 44, j’ai une voix qui porte, c’est pas de ma faute, en plus je ne suis pas du genre timide alors forcément il y en a que ça gène. » Né à Brest, Alain s’était déjà plongé dans tous les océans avant de venir s’installer au Pays Basque. Suivant son père au Sénégal et dans les Dom Tom, c’est à la Réunion qu’il a goûté au surf. En revenant en France, il découvre la côte Basque où le sport commence à peine. Il se retrouve au lycée de Biarritz avec la poignée de jeunes surfeurs que comptait la ville à l’époque. Habitué aux vagues de reef, il a vite trouvé ses marques sur les spots de la côte. Étudiant en sciences économiques, il s’est retrouvé au cœur d’une industrie naissante dont personne ne pouvait encore soupçonner la croissance. Mannequin pour Quiksilver au milieu des années 80, il s’est vite rendu compte de l’engouement qui commençait à naître autour du surf.

Les années Gliss’Expo

Personne n’a oublié les chapiteaux d’Anglet où se mêlaient convivialité et business. L’idée qui a occupé Alain pendant presque quinze ans lui est venue sur un autre salon, un trade show de vêtement de sport en Allemagne où il s’étonnait de voir les marques de surf aussi mal mises en valeur. « Il y en avait une derrière l’escalier, une autre dans un coin près de la porte. Toutes les marques émergentes étaient là, mais il manquait quelque chose. C’est là que j’ai eu l’idée de créer un salon spécifiquement dédié aux marques de surf. Le concept est né en 86 mais je n’ai pas monté ma boîte avant 1990. Entre temps, je suis parti vivre dans un kibboutz. En rentrant, je n’ai pas eu trop de mal à convaincre tous les boss de l’industrie que je connaissais bien. C’est là que j’ai lancé le premier grand rendez-vous annuel de la glisse. Gliss’Expo. Le salon regroupait à peine 70 exposants lors de sa première édition et il en comptait pas loin de 600 lors de sa dernière édition douze années plus tard. Au début, on a organisé le salon au casino Bellevue, mais un salon de surfeurs sur la moquette, ça ne le faisait pas. C’est là qu’on a décidé de déplacer les tentes à Anglet les pieds dans l’eau et là, le succès est arrivé. Rapidement, toutes les marques de la glisse étaient présentes que ce soit en snowboard, en skate ou en surf. » Derrière ses allures de baroudeur céleste, se cache un sacré bosseur, titulaire d’un DEA de sciences économiques. Fan de Californie, Alain concilie une vision instinctive du business avec rigueur et sang-froid. « Les gens ne se rendent pas compte du boulot que ça représente un salon. Ils me voient boire une bière en terrasse, discuter avec des jolies filles, ils ont l’impression que je suis arrivé la veille et qu’on a tout monté dans la nuit. Pour Gliss’Expo, on commençait à monter un mois à l’avance. Sur les plus grosses années, on était 20 salariés à l’année et pas loin de 300 pendant l’événement. La production dure toute l’année, il faut monter des dossiers, courir après l’argent, les autorisations. Il n’y a pas d’école pour apprendre à monter des salons. J’ai beau être bronzé, je passe quand même une bonne partie de mon temps derrière un écran d’ordinateur. Pour qu’un événement comme ça fonctionne, il faut des petits exposants et des gros. L’un ne va pas sans l’autre, mais il faut aussi gérer les rivalités, satisfaire les demandes de chacun. Le succès de cet événement n’a jamais été vraiment accepté par les leaders de l’industrie. J’ai quitté Gliss’Expo en 2002, la boîte avait été vendue, ça ne me plaisait plus. Le côté convivial et festif avait disparu. L’année suivante, ça s’est cassé la gueule. Gliss’Expo, c’était fini. »

Guru wanted

La vie ne s’arrête pas pour autant. Alain continue à organiser des salons un peu partout dans le milieu du prêt à porter et des sports de glisse. « À Paris, les mecs de la mode me surnommaient le pêcheur, mon look les faisait marrer. Par contre, je ne suis jamais en retard à un rendez-vous. » Recruté comme consultant pour ISPO, il s’est retrouvé à monter des événements à Pékin, Shanghai et Moscou. Ensuite, il est passé chez Salomon où il a été recruté pour développer le marketing des planches S-Core. Un projet innovant qui est tombé à l’eau du jour au lendemain suite au désintérêt des actionnaires qui avaient racheté la boîte. À force d’avoir bossé à la création de marque de surf depuis tant d’années et de voir les succès stories qui allaient avec, Alain a voulu se payer la sienne. « Je voulais avoir mon bébé, j’ai donc racheté la marque 2nd Sky en 2007 juste avant la crise. Au moment où les gros commençaient à souffrir, pas mal de petites marques se sont retrouvées en difficulté et j’y ai eu le droit moi aussi et j’ai perdu pas mal d’argent. Fin du rêve. »

African connection

« J’ai toujours aimé l’Afrique noire, là-bas c’est comme nulle part ailleurs, ça te prend aux tripes. Quand tu te retrouves seul avec ton 4X4 au milieu du désert, c’est fort. J’y ai vécu de ma naissance jusqu’à l’âge de 5 ans, et puis je suis retourné au Sénégal en vacances avec ma famille. À N’Gor près de Dakar, je suis tombé amoureux du lieu et des gens. J’ai décidé de monter un surf Camp, c’était l’époque où j’organisais Gliss’Expo et où j’avais envie de faire plein de choses. Il a fallu acheter un terrain et mettre le nez dans tout un tas de paperasses. Il a fallu deux ans pour que l’hôtel voie le jour. Trente-deux chambres, deux suites, une piscine, trois bars et un restaurant. J’employais 45 salariés et cela suffisait pour faire vivre tout un village. À cette époque, j’ai mis en place la Fédération de Surf Sénégalaise avec Oumar Seye, Pape Samba et Patina. Je retourne régulièrement là-bas, mais j’ai dû revendre l’hôtel. »

Get up, stand up

« Le surf c’est cool, mais c’est frustrant. En plus, j’ai toujours fait du shortboard et avec le monde à l’eau aujourd’hui, c’est pas toujours facile. Un jour, j’étais à Saint Barbe sur ma 6’8 quand j’ai vu Xabi Lafitte débarquer sur un stand up. En le voyant connecter les sections du fond jusqu’au sable, j’ai compris l’intérêt du truc. Il fallait que je m’y mette. » C’est à partir de cette année qu’Alain s’est associé avec Alexandre Ponot pour créer la marque Enbata qui distribue des stand up et des accessoires. « Tout ce qui se passe aux Etats-Unis finit par arriver chez nous avec quelques années de décalage. Monter un village pour réunir des exposants à l’occasion de l’étape française de la coupe du monde de stand up paddle, c’est encore une prise de risque, mais quand tu vois Luke Egan faire du stand up, les courses en rivière, les rassemblements, tu te dis qu’il se passe quelque chose. »


Texte et photos : Stéphane Robin


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Soazig65
21 décembre 2011 08:42

Tout d’abord félicitations pour ces remarques en même temps éclairantes et posées. Toutefois certains détails auraient mérité plus d’explications notamment dans la conclusion. Simplement un moyen de dire que je suis empressé de découvrir le prochain billet

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Alban
09 janvier 2012 22:11

Cet billet est passionnant et je vais du coup le faire suivre à une amie qui est d’accord avec vous et je suis certaine qu’elle m’en remerciera. Merci pour ce post et le temps pour partager ces idées. Je serais ravie d’avoir la possibilité de lire votre blog à ce sujet prochainement. Ca m’est vraiment très agréable ! 1000 mercis

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Ronny
20 janvier 2012 13:04

Cet article a vraiment répondu à mes attentes. Je n’avais que très peu cette façon d’appréhender ce problème j’ai la sensation que je vais améliorer mon ouverture d’esprit. super !

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Crédits photos : Fabrice Wittner (Snowboard) - Fischer (Ski) - Jason Childs 2007 (Surf) - Columbia (Outdoor)

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