Adrien Coirier, 26 ans, originaire de La Chal, petit village qui surplombe Bourg Saint Maurice, est devenu en quelques années l’un des compétiteurs de freeride les plus redoutés sur le circuit. Double tenant du titre du championnat américain, second Français à remporter un titre de « Sickbird » (« Run de porc ») aux Etats-Unis, Adrien est l’un des plus sérieux candidats sur les compétitions freeride. Deux fois il a mis fin à ses chances d’empocher la couronne mondiale en s’enflammant et en chutant, mais là réside la dure loi de ce sport aléatoire et Adrien ne s’est jamais voilé la face en reportant la faute sur les conditions ou le jugement. Blessé au genou sur l’étape de Tignes l’an passé, il a aujourd’hui quasiment retrouvé la pleine possession de ses moyens et continue à travailler dur sa rééducation pour venir mettre son grain de sel dans la hiérarchie mondiale en 2008. Nouveau porte-drapeau Zag, Adrien s’est inscrit sur le nouveau Freeride World Tour avec la volonté d’être le premier à inscrire son nom sur la coupe façonnée par les organisateurs de l’Xtrême.
Ski Time : Quel a été ton passé de skieur ?
Adrien : Au début, j’ai fait de l’alpin en sport-études et en ski-club jusqu’à 18 ans. Ça marchait moyennement, j’étais juste dans les 15 premiers français. J’étais spécialisé en géant, mais avec mon gabarit de microbe, je n’étais pas assez lourd. J’étais à chaille au niveau temps en descente ou en super G. Après, j’ai passé deux ans à skier de temps en temps, notamment avec les Troubat, quand il y avait de la bonne neige. J’ai toujours adoré le ski de poudre. Et j’ai aussi fait pas mal de snow.
ST : Comment as-tu commencé la compétition de freeride ?
A : La première fois que je me suis inscrit à une compétition, c’était à la Freeride des Arcs. J’y suis allé comme ça, j’ai skié fluide sans sauter de barres, et j’ai fini troisième en amateur. Et là, je me suis dit que j’allais continuer dans cette voie. J’avais déjà attaqué le monitorat et je savais que ce n’était pas un truc que j’avais envie de faire tous les jours. Donc pendant la saison 2001/02, j’ai commencé à faire des compétitions et j’ai essayé de trouver des sponsors. J’avais deux trois résultats (2ème à Vars, 3ème à Tignes et j’avais gagné le Bouygues Tour), mais je n’avais pas de parutions… Puis JP Baralo m’a fait confiance et j’ai signé avec Atomic. J’ai fait un voyage au Canada et je suis revenu avec de bonnes images qui m’ont permis de faire des parus. J’étais soudain plus crédible. Et depuis deux ans, j’ai du budget en plus du matos pour pouvoir faire le Tour US. Il y a trois ans, j’ai également signé chez Columbia et ça marche très bien avec eux. Cette année, j’ai décidé de changer de sponsor ski car la politique d’Atomic est complètement centrée sur le freestyle avec Rex Thomas en team manager…
ST : Tu as retrouvé un sponsor ski ?
A : Oui, j’ai signé chez Zag et ça marche super bien. Les investisseurs ont réinjecté de l’argent dans la boîte et les perspectives sont au top. J’ai un contrat fixe pour le moment et pas de prime de course car cela deviendrait trop lourd pour cette petite marque. Mais cela évoluera forcément plus tard.
ST : Est-ce que tu as d’autres nouveaux sponsors ?
A : Oui, j’ai signé avec Pepsi pour un an. Ils vont sortir une canette avec mon nom et je vais participer au design de la canette. Sinon, j’ai arrêté mon contrat avec les Arcs et je suis passé à La Plagne, c’est surtout au niveau de la communication que cela va changer car au niveau financier c’était équivalent. Mais là, ils vont utiliser mon image pour de nombreux supports et c’est plus intéressant pour moi.
ST : Pour en revenir à la compétition, comment s’est passée la suite ?
A : En 2004/2005, je suis parti pour la première étape à Snowbird. J’ai fais 15ème et j’ai atteint mon objectif puisque cela m’a permis d’être présélectionné pour l’année suivante. C’était ma première compétition en dehors de la France. Puis à Kirkwood, je tombe et je finis 8ème aux Arcs. Avant je scorais mieux en France car je sautais très peu de barres. En France, comme en Europe, c’est encore possible de faire dans les trois premiers sans faire de gros sauts, mais pas en Amérique du Nord. Vu que j’avais rempli mon objectif, l’année suivante je me suis préparé à fond. J’ai fait quatre mois de muscu et une préparation mentale avec un moine bouddhiste.
ST : C’est quoi cette botte secrète ?
A : C’est une branche qui prône le contrôle mental par l’extrême, comme méditer sous une cascade en plein hiver. Le but, c’est d’arriver à aller à l’encontre de ce que te dit ton corps. Quand tu es à cinq mètres de la cascade, tu ne peux déjà plus respirer, mais il faut continuer. Moi, au contraire de mon préparateur, qui a une approche religieuse, je suis complètement athé, donc quand je fais ce genre d’exercice, je me concentre sur mes objectifs.
ST : Et ça a porté ses fruits ?
A : Oui. En 2006, le Tour commence par Snowbird où je finis deuxième et premier Français devant Guerlain. C’est là que j’ai passé le cap. Moi qui n’étais pas un gros sauteur de barre, je saute la plus grosse en finale et à nouveau en super finale. Je crois que les sauts, ça se joue surtout dans la tête. Il faut juste avoir la conviction que tu vas poser, il faut partir bien groupé et après c’est comme sur une piste.
ST : La suite du World Tour ?
A : Après, il y a eu l’étape de Verbier. J’arrive surmotivé et je fais deuxième sur le premier run. Malheureusement je fais une chute un peu débile en finale. Je fais un tête-pied sur une réception, je perds un ski et le Tour. Sur la dernière étape, à Kirkwood, je fais deuxième ex-æquo avec Guerlain et je suis troisième au classement général. Je gagne par la même occasion le championnat américain cette année-là. J’ai gagné avec un peu de chance car je n’avais que deux deuxièmes places sur cinq étapes, mais les Ricains sont tous tombés. Donc avec Guerlain, on repart de Kirkwood avec le titre US et le WT, les Ricains étaient un peu verts.
ST : Et la saison passée ?
A : L’an dernier, mon objectif était vraiment de gagner le WT. Mais Verbier a été annulé à cause des conditions. Et comme mon sponsoring dépendait beaucoup de la compète, j’ai décidé de partir tout seul pour défendre mon titre aux US. C’était une super expérience de partir tout seul, de me démerder, et de skier entre les compétitions. À Telluride (CO) je gagne avec pas mal de points d’avance. Et je gagne à nouveau à Squaw Valley. Puis arrive Snowbird et donc le World Tour. Les Français sont arrivés pour cette compétition et je me suis un peu mis la pression, j’ai chargé dès le premier run. Evidemment je suis tombé et j’ai foiré le WT. Tu ne peux pas te permettre de prendre une boîte sur le WT ! Ensuite, à Jackson, je fais deuxième et je gagne le “Sickbird”, j’étais le deuxième Français à l’obtenir aux US après Romain Maître. Ce n’est pas un titre délivré par les juges, mais plutôt par les commentateurs et le public. J’ai donc gagné une grosse boucle de ceinture. Cool. Puis, pour la dernière étape, à Kirkwood, il y avait un américain qui me talonnait. Si je tombais et que lui était dans les cinq, je perdais le titre. Mais j’ai assuré, je finis quatrième et je gagne le titre.
ST : De retour en France, il y a eu cette chute et cette blessure…
A : Oui, lors de la finale de la coupe du monde à Tignes. Je me suis à nouveau mis la pression et, malgré une chute, j’ai voulu continuer à skier, j’ai sauté la grosse barre en bas et je me suis fait un genoux. C’est vrai que ça fait toujours plaisir de gagner à la maison alors je me suis un peu enflammé.
ST : Cette saison, quels sont tes objectifs ?
A : Il y a d’un côté la compétition avec le nouveau World Tour. Je vais participer à l’étape de Sotchi en Russie et puis on verra comment se présente la suite. Pour ce qui est de ma blessure, je suis à six mois et j’ai retrouvé mes sensations en ski. Je ne suis pas encore en flexion complète, mais je m’en approche et j’ai recommencé à sauter sur piste. Je n’ai pas encore sauté de barres, mais cela ne saurait tarder. Sinon je vais partir au Japon avec mon préparateur mental. Il était moine là-bas et donc on va pouvoir faire des trucs mortels comme skier sur des montagnes sacrées et habituellement interdites. Et il va y avoir une cérémonie avec les moines pour bénir les skis. On part avec Dino Raffault à la caméra et Dom Daher à la photo pour essayer de rapporter un reportage ski et un reportage sur cette branche du bouddhisme dont Sylvain Guintard, mon préparateur mental, fait partie. Il a vécu 20 ans au Japon. Il est parti là-bas pour étudier cette religion et puis il est resté. Un jour, alors qu’il était revenu en France, il a eu un accident sur un toboggan aquatique. Il est resté deux mois dans le coma et il a été qualifié invalide à 80 %. Mais en travaillant sur son mental, il a réussi à remarcher, puis à skier. À la suite de rééducation, il a voulu faire profiter les traumatisés crâniens de son expérience. Il a donc créé l’association Wolfpack pour aider ces personnes à retrouver leur mobilité grâce au ski. Il pense que ce sport est une excellente thérapie, mais il faut que le patient ait déjà pratiqué le ski, sinon cela serait trop compliqué.
PAR JAG






